Île de Pâques
 


 

"DÉCOUVERTES D’ÉCRITURES À L’ÎLE DE PÂQUES"

 

RÉSUMÉ

 


LE 18ÈME SIÈCLE EST CELUI DE L’EXPLORATION DE L’ÎLE DE PÂQUES APERÇUE EN 1686
PAR LE FLIBUSTIER ANGLAIS DAVIS



Le 5 avril 1722 le Hollandais Jacob Roggeveen explore la Terre de Davis et la baptise ÎLE DE PÂQUES.
En 1770, l’expédition du Capitaine Espagnol Phelipe Gonzalez de Haedo va la visiter. Lors de la signature d’un traité d’annexion à la couronne d’Espagne il apparaîtra, sur un document espagnol la première écriture de l'Océanie. Et cet évènement aura lieu sur la plus isolée de toutes les îles du Pacifique : l’Île de Pâques, que Gonzalez de  Haedo désignera comme Isla de San Carlos.
Puis James Cook en 1774 et La Pérouse en 1786 l’explorent et ce sera la fin des contacts pacifiques et amicaux....




AU 19ÈME SIÈCLE DES ÉVÈNEMENTS EXTRÊMEMENT GRAVES SE DÉROULERONT À L’ÎLE DE PÂQUES



Dès 1805 une goélette nord-américaine est responsable du rapt d’une douzaine d’hommes et de femmes afin de les utiliser comme main-d’oeuvre forcée dans les Îles Juan Fernandez.
Durant la première moitié du siècle, sur l’Île de Pâques se produisent des guerres entre clans, des luttes tribales : l’Ariki (chef coutumier) NGA-ARA du clan des MIRU, initié en écritures est fait prisonnier. Lorsqu’il meurt les tablettes de bois royales comportant l’écriture rongorongo sont brûlées au cours de l’incinération.
Celles de son fils Kaimakoi disparaîtront également lors de l’incendie des maisons. Son serviteur et petit-fils Te Pito puis Take de la même famille et du même clan des Miru, hériteront de quelques tablettes très convoitées. Les écoles rongorongo continueront au ralenti.
L’expédition internationale de chasses d’esclaves dans le Pacifique commence en 1862. 1407 îliens sont embarqués comme main-d’oeuvre destinée au travail forcé au Pérou.

Après plusieurs interventions énergiques des autorités françaises et chiliennes afin d’arrêter immédiatement cette nouvelle forme d’esclavage, le rapatriement de quelques Pascuans est organisé à Callao (Pérou). Sur les 100 rapatriés 85 vont périr durant le voyage. Des épidémies de petite vérole et de tuberculose se propagent : la population de Rapa Nui est contaminée par les 15 survivants. Les descendants du roi NGA ARA, l’Ariki Maurata son fils et les Maoris Rongo-Rongo, maîtres en écritures, ne reviendront jamais de leur déportation.

1864 * Le 3 janvier à Rapa Nui, avec les anciens esclaves en captivité au Pérou débarque Te Pito, petit-fils du roi Nga Ara, accompagné d’un ouvrier mécanicien français, frère laïc de la congrégation des SS. CC. de Picpus, le Frère Eugène Eyraud. C’est un tout premier contact pour une évangélisation mais ce n’est pas encore une mission catholique organisée. Au cours de son premier séjour le F. Eyraud constate que dans chaque maison il y a des tablettes de bois couvertes de signes hiéroglyphiques mais que les Pascans ne savent plus les lire ou en font peu de cas.
La population , selon le Frère E. Eyraud est estimée à environ 1200 personnes. Le jeune Français séjourne avec les îliens durant huit douloureux mois puis retourne à Valparaiso demander de l’aide. Son appel est entendu par ses supérieurs qui sont également informés qu’il a découvert une écriture Pascuane mais l’information va rester occulte aussi bien à Valparaiso qu’au Vatican durant et ce durant 4 ans.

1866 *Deux ans plus tard, prend forme la première mission catholique à Rapa Nui. Avec le Frère E. Eyraud, arrive le 25 mars 1866, le père Hyppolite Roussel qui va évangéliser tout en élaborant des dictionnaires. Il aura une longueur d’avance et un bon contact avec les indigènes puisqu’il parle le mangarevien. Ils voyagent à bord du bateau Notre-Dame-de-Paix. Sept mois plus tard, le 28 octobre, les pères Théodule Escolan et Gaspar Zumbohlm s’embarquent à Tahiti à bord du voilier Tampico appartenant à Onésime Dutrou-Bornier qui s’installera également à Rapa Nui à l’arrivée le 6 novembre, avec l’idée d’acheter et exploiter des terres, mais en 2 ans cet aventurier changera complètement d’attitude, dominant les îliens, semant la discorde, introduisant des armes : il mènera la vie dure à la population et aux missionnaires qui finalement se retireront à Tahiti.
Il se produira à cette époque de très graves épidémies de tuberculose. Pour seulement les mois d’août-sept 1868 : 37 morts. Le 1er recensement du P. Roussel avait donné le chiffre de 930 habitants. Le deuxième recensement donnera le chiffre de 650 habitants.
La majorité de sa classe d’enfants de Pukuranga périt. Les missionnaires n’ont aucun médicament, aucun secours sanitaire.
 



 


1868 * Le 23 août, victime de l’épidémie de tuberculose, le Frère Eugène Eyraud s´éteint. Peu avant sa mort il demande au Père Roussel « s’il reste des païens ». La réponse est « aucun, je viens de baptiser le dernier ». Le Frère Eugène Eyraud quitte ce monde en emportant le secret des tablettes et de l’écriture rongorongo sans mentionner leur découverte aux Pères de la mission.
Quelques mois plus tard le Père Zumbohm voyage à Tahiti pour rendre compte de la mission et ramener du matériel et c’est par hasard que Mgr Tepano Jaussen, Vicaire Apostolique de Tahiti, reçoit de la part des Pascuans un cadeau étrange : un morceau de bois entouré d’une tresse de cheveux.
Monseigneur T. JAUSSEN découvre alors une tablette écrite et prend conscience que dans cette île tant isolée et tourmentée il y a bel et bien une écriture. Il demande au Père de lui envoyer d’autres « pièces à conviction ». Ce n’est que plus tard - en 1871- qu’il recevra 4 tablettes, un bâton de Taua couverts de graphèmes et un morceau de bois cassé en toutes parts couvert de signes également.

1868 * Une autre oeuvre d’une grande valeur va être découverte et quitter définitivement l’île pour le British Muséum : en novembre le HMS Topaze, navire anglais commandé par Palmer, en mission dans le Pacifique, fait une halte à Rapa Nui.
Dutrou-Bornier qui veut rénover son bateau achète matériel et outils à l’intendant du Topaze et n’est pas en mesure de payer au moment du départ du navire. Il propose donc du troc à la marine anglaise avec les oeuvres d’art de l’île. En présence du Pascuan Torometi, du Père Zumbohm et de Dutrou-Bornier, les recherches vont commencer pour trouver un moai pouvant être hissé à bord. Ils découvriront le moai Hoa-Haka-Nana-Ia caché à l’intérieur d’une maison du site d’Orongo. Il sera embarqué à bord du Topaze ainsi qu’ un autre moai afin d’être exposés en Angleterre. Il fut noté par les missionnaires que certains habitants de Hanga Roa pleurèrent de désarroi et voulurent embarquer avec le superbe moai Hoa-Haka-Nana-Ia (l’Ami caché).

1870-1871 * A cette époque commencent de violentes luttes de clans entre les gens tranquilles habitant la baie de Hanga-Roa et la tribu rassemblée autour de Dutrou-Bornier et du Pascuan Torometi, un ancien chef despote qui avait eu le titre d’Homme-Oiseau.
Avec des armes à feu cette fois-ci. Dutrou-Bornier tire un coup de canon sur les habitants de Hanga-Roa depuis Mataveri et tue un homme. Le résultat est immédiat : vandalisme à répétions dans l’île, incendie des maisons, des champs de patates douces et des dépôts de vivres. S’il y a encore des tablettes suspendues dans les maisons recouvertes de totora, elles sont brûlées. Le 7 juin les tombes du cimetière dont celle du Frère E. Eyraud sont profanées. Dutrou-Bornier donne l’ordre d’incendier tout ce qu’il reste à Hanga Roa. Il veut le départ des missionnaires et c’est ce qui se produira effectivement.

1870 * la corvette chilienne O’Higgins jette l'ancre à l’Ile de Pâques. Son capitaine est José Anatole Goñi Prieto. La corvette retourne à Valparaiso avec quatre objets couverts de hiéroglyphes : un bâton, une petite et une grande tablette. La troisième tablette, destinée à la France, est réclamée par l'Evêque de Tahiti. Elle n'arrivera jamais à destination. Le bâton de maori rongo-rongo est cédé par Onésime Dutrou-Bornier. Les autres objets sont donnés par le Père Roussel. Ces objets se trouvent à présent au Museo de Historia Natural de Santiago.

En décembre 1870 le bateau de guerre anglais Chanticler fait une halte. C’est durant son trajet pour le Pérou qu’à lieu le premier rapatriement. Le Père Zumbohm s’en retourne définitivement à Callao : il est malade et les luttes tribales ont miné son moral. Il reste encore à la mission le père Roussel et le frère Théodule Escolan.

1871 * Ces évènement graves alertent et inquiètent au plus haut point Mgr Tepano Jaussen avisé par un courrier de Valparaiso. Il charge Brander de Tahiti qui va voyager pour l’Ile de Pâques, de raisonner son associé et de veiller à mettre un peu d’ordre. Les suites ne seront pas celles que l’évêque espérait : Dutrou-Bornier associé avec Brander pour l’élevage de moutons lui trouvera dans son clan des travailleurs volontaires, une main d’oeuvre à peu de frais. Brander embarquera 70 personnes et aura bien l’intention de continuer. Il conduira en tout 320 Rapa Nui vers ses terres de Tahiti .
Mgr Tepano Jaussen est alerté par les conditions de travail et les décès qui se produisent sur les terres de Brander. Il pense faire conduire les Pascuans encore valides aux Gambier où il y aura des terres vierges pour eux et des missions pour les protéger. Mais Brander, prétextant que son bateau ne peut supporter plus de 35 personnes supplémentaires avec l’équipage et la cargaison, en laissera 170 au sol donc chez lui. Ouvriers et familles non recensés, ni à Tahiti, ni à Rapa Nui.

Quant à ceux de sa plantation, 115 seront portés disparus et la plupart des survivants mourront de maltraitance, d’épidémies et de la nostalgie de leur île natale. Mgr Tepano Jaussen aidé par les autorités françaises récupérera quelques familles.

1871 * Le navire russe VITHIAZ passe à Rapa Nui et N. N. MikKluko Maklay emporte une tablette. Le 4 avril, les Pères Roussel et Théodule Escolan quittent l’ ÎLE DE PÂQUES pour rejoindre Mangareva sur le bateau de Brander. Les Rapa Nui regroupés dans la baie voudront embarquer avec les missionnaires mais Dutrou-Bornier s’y oppose avec les armes : il ne veut pas rester sans ses travailleurs sur l’île - Il restera 175 natifs à la merci de cet aventurier.


Le Père H. Roussel va revenir régulièrement à Rapa Nui et n’abandonnera pas complètement les îliens. C’est au cours du voyage de rapatriement que des tablettes rongorongo sont envoyées à l’évêque de Tahiti qui en cédera une autre au navire russe VITHIAZ au mouillage de Tahiti. Elles se trouvent à présent à Saint-Petersbourg.

Le 3 janvier 1872, le contre-amiral De Lapolin à bord de la frégate française La Flore visite l’île avec l’aspirant Julien Viaud qui sera un admirable témoin de l’époque. L’aspirant (Pierre Loti de son nom d’écrivain) écrira des lettres à sa soeur et un mémoire sur le séjour, tout en fournissant d’admirables croquis. Il tiendra entre ses mains une tablette rongo-rongo au moment du départ de La Flore.

9 mai 1873. Un contrat de vente est rédigé au profit de Dutrou-Bornier qui s’est auto proclamé ‘Roi de Pâques’ par Ko Reta Pu Akurenga sa compagne, se donnant le titre de ‘Reine de l’Ile de Pâques’. Il s’approprie ainsi par des actes frauduleux différentes terres. Quelques mois plus tard, Dutrou-Bornier est tué par les Pascuans. Outre ses actes de forfaiture il séquestrait les petites et les jeunes filles. On voulut supprimer également sa descendance donc les enfants de Dutrou-Bornier et de Ko Reta, mais les natifs s’y opposèrent.

1886 * Des échanges ont lieu entre les évêques de Tahiti et de Valparaiso afin d’envisager un protectorat de l’Île de Pâques par le Chili, plus proche de cette île qui a tant souffert. Cette même année la corvette chilienne Paloma visite l’Ile. Sa mission comporte l’évaluation et l’incorporation possible de l’île comme territoire chilien.
Le projet d’ouverture du canal de Panama encourage l’opération du point de vue économique (son percement ayant débuté en 1881). L’évaluation sera positive mais il faudra racheter les terres qui appartiennent aux héritiers de Dutrou-Bornier, de Brander et à la mission catholique

1886 * Cette même année le Mohican en provenance des U.S.A. avec Thomson aux commandes de l’expédition de retour de Tahiti et après une rencontre avec Mgr T Jaussen visite l’Ile. Le comodore Thomson retournera aux Etats-Unis avec deux tablettes rongo-rongo cédées par un Pascuan qui les avait trouvées cachées dans un Ahu de Tahai. Thomson recherche également une lecture des tablettes. L’ancien Ure Vae Iko qui fut le maître des cérémonies du roi NGA ARA lui fournit des chants, mal interprétés et très mal traduits par Tati Salmon qui vient de Tahiti et qui représente sur l’île les héritiers de Dutrou-Bornier et de Brander.

1877 * Le commandant Alfonse Pinard du bateau de guerre français Seignelay accoste et reste suffisamment de temps pour faire un recensement : il ne reste plus que 111 habitants. La population Pascuane court le risque de disparaître.

Du 19 octobre 1887 au 20 avril 1888, le Père Alberto Montiton reste sur l’Ile et baptise, marie et restaure l’église. Monseigneur José Maria Verdier a succédé à Monseigneur Tepano Jaussen. S’étant consacré à l’écriture de tous ses souvenirs – publiés à Paris en 1893 – avec le répertoire rongo-rongo qu’il avait commencé à Tahiti, T. Jaussen sera un admirable témoin de l’époque et des coutumes des Maoris.

Le 17 juin 1888, Ure-Po-Tahi se marie à Makemo avec Elisabeth Rangitaki native de Fangatau (Tuamotu) et s’embarque aussitôt à Tahiti avec d’autres Pascuans sur le navire Angamos commandé par le capitaine Policarpo Toro qui va reconduire ces jeunes couples dans leur île natale afin de la repeupler. Le 8 septembre le drapeau chilien est élevé pour la première fois à côté de l’Eglise. Ure Po Tahi, baptisé Nicolas Pakarati commence son labeur de catéchiste. Il est responsable de l’état civil de la petite communauté et des écritures de la mission.

1888 * Selon l’épouse de Ure Po Tahi, Elisabeth Rangitaki, dans le bateau de Policarpo Toro voyageait un natif de l’île nommé Estéban Rutirangi lequel ayant vécu quelques années à Tahiti avait été contaminé par la lèpre. La contamination de la population rapa nui se fera très vite.
Les premiers lépreux vivront isolées dans une grotte en Tara Heu, près de Hanga Roa vers l’ahu de Tahai. Ensuite ils seront transférés à trois kilomètres... plus loin... dans une toute petite maison.

1888 * Le Président José Manuel Balmaceda et son Ministre Augustin Edward Ross signent le Décret Suprême qui donne à Policarpo Toro les pleins pouvoirs pour annexer l’île -16 600 km2- et régler l’achat des terrains appartenant à la Mission Catholique et aux héritiers Dutrou-Bornier soit 2000 km2.

1888 * Le 9 septembre Policarpo Toro et l’Ariki reconnu par la communauté et nommé Atamu te Kena officialisent la souveraineté de la cession de l’île à l’Etat Chilien. Par cet accord de volontés les îliens cèdent leur île mais maintiennent leur doit de propriété sur les terres.
Recensement de la population en 1888 : 178 habitants avec une pseudo monarchie instaurée en 1882 par le père H. Roussel. L’Ariki Atamu Te Kena, est l’époux de Uka Hey Arero Eva, qui sera considérée comme la dernière Reine de l’île.

1895 * Il reste à résoudre le problème Brander : entre 1895 et 1897 son héritier vend ses propriétés à Enrique Merlet, un commerçant français de Valparaiso

1897 * Merlet obtient du gouvernement Chilien une rente de 1200 pesos annuels pour la location de ses terrains durant 20 ans.

1897 * Le leader rapa-nui Simeon Riroroko venu au Chili réclamer justice afin de récupérer au nom des siens les terres vendues sans le consentement des natifs et faire valoir les attributs afférant au droit de propriété est assassiné à Valparaiso.



LA PREMIÈRE MOITIÉ DU 20ème SIÈCLE SERA DE LA LUTTE DES DERNIERS HABITANTS
AFIN DE SURVIVRE ET DE SAUVEGARDE LEUR IDENTITE MAORIE



Le 2 février 1901 les natifs reçoivent la visite du père Isidore Butaye durant 7 jours. La population est décomptée dans une lettre du Père : 231 habitants dont 213 natifs : 64 hommes 64 femmes 44 garçons 41 filles – 12 Chiliens du continent, 2 Anglais, 1 Français et un Italien. La situation morale et matérielle est alarmante.

1903 * Merlet vend son usufruit à la Compañia Exploradora de la Isla de Pascua, une société par actions et bientôt la majorité des actions sera achetée par la compagnie anglaise Williamson et Balfour. La terre est dévastée par l’élevage intensif des moutons.

Le 13 avril 1911 a lieu la première visite du navire-école chilien Baquedano et de son commandant Arturo Sweet. Avec l’équipage se trouve le Presbytérien Zosimo Valenzuela. L’île est restée 10 ans sans un prêtre en permanence. Et il reviendra… Par la suite, lorsque la corvette voyagera, elle aura toujours un prêtre à bord.

1914 * Venue à l’Ile de l’expédition dans le Pacifique de Katharine Routledge. Il s’agit d’une toute première mission reconnue comme scientifique. Elle est également à la recherche du rongorongo et rencontre des anciens. Son guide, un Miru nommé Te Haha Ramón lui parle des rituels de l’Ariki Nga-Ara qui vécut durant la première moitié du 19e siècle. K. Routledge va rencontrer un lépreux, un dernier témoin du rongorongo TOMENIKA A TEA TEA qui dessine et récite des Tau, les rongorongo annuels où l’on chante les généalogies, les koro, à la gloire des pères.
K. Routledge constatera que les paroles sacrées sont bel et bien perdues. Elle tire ses conclusions et son témoignage sur une culture sinistrée est réel. Plus rien ne semble subsister dans la mémoire des Pascuans qui habitent l’île et qu’elle a rencontrés, sinon quelques graphèmes qu’elle va noter dans ses cahiers avec leurs signifiés. Elle est également témoin d’une rébellion des îliens menée par une femme, Maria-Angata, laquelle après un séjour dans les Gambier et les Iles du Vent à Tahiti désirait sa liberté et celle des siens.

En 1916 * Enrique Merlet prétend inscrire la moitié de l’île en son nom mais les précédents actes n’ayant pas été enregistrés, le gouvernement chilien va refuser.

1916 * Le navire-école Baquedano retourne à Rapa Nui. Son capitaine envoie un rapport alarmant au gouvernement : ses habitants sont maltraités et exploités par les dirigeants de la Compagnie Williamson et Balfour qui occupe toute l’île. Le contrat de location sera donc annulé car les îliens avaient été obligés de travailler pour la compagnie. Et le fait qu’ils n’étaient pas libres de circuler sur leurs propres terres aggravera les charges contre la compagnie anglaise usufruitière et le commerçant français Merlet.

1917 * Cette situation alerte le congrès chilien qui fait voter une loi spéciale le 29 février : l’Île de Pâques sera à partir de cette date soumise aux autorités de la marine nationale. Les choses ne vont pas évoluer immédiatement.

Le 12 octobre 1927 est la date du décès du « zélé » et très respecté catéchiste Nicolas Pakarati Ure Po Tahi. Il se donna lui-même l’extrême onction et demanda durant la cérémonie que son fils Timoteo prenne sa succession – les catéchistes continueront...

Le 15 avril 1929, le recensement de la population est effectué par un officier du registre civil : 384 personnes vivent à l’Île de Pâques - 83 hommes, 98 femmes, 106 garçons et 97 filles. Parmi eux treize personnes isolées, malades de la lèpre.

1933 * Une grave épidémie emporte 30 victimes. Timoteo, fils de Ure Po Tahi et catéchiste tombe malade. Son frère Santiago le remplace et tombe malade également. Matiá Hotu prend la relève à l’église comme catéchiste. Il n’y a toujours pas de prêtre en permanence. Maria-Angata l’extraordinaire prophétesse révoltée lors du séjour de K Routledge sera également catéchiste.

1934* Expédition franco-belge avec l’ethnologue Alfred Métraux et Henri Lavachery, archéologue qui étudiera les pétroglyphes. Probable arrivée parmi les Pascuans du répertoire de Mgr Tepano Jaussen.

1935 * Une commission d’étude de l’Île de Pâques s’étant formée á la UNIVERSIDAD DE CHILE, deux personnes sont désignées pour voyager en novembre à Rapa Nui : Humberto Fuenzalida ethnologue et le Père Sébastien Englert Missionnaire Capucin de l’Auracania. A Rapa Nui en cette fin de l’année 1935, 453 habitants en tout y vivent. Le sacerdoce du P. Sébastien Englert qui vient de commencer des études linguistiques se prolonge de deux mois en dix mois et le 1er janvier 1937 arrive le bateau de la Compagnie. Le Père S Englert se sent enraciné à l’île et n’a pas du tout envie de la quitter en laissant le peuple rapa nui à un triste sort. Mais une lettre lui parvient par ce même bateau qui le nomme très officiellement prêtre de l’Île de Pâques et son sacerdoce durera jusqu’à sa mort en 1969 à 84 ans.

1934-1936 - Les ateliers rongorongo vont reprendre à partir du répertoire de Monseigneur Tepano-Jaussen et les souvenirs de certains anciens, revenus de leur captivité... Des manuscrits élaborés à la léproserie sont découverts par Thor Heyerdahl en 1955.
De séries de pictogrammes connus et gravés sur les tablettes qui avaient quitté l’île des décennies auparavant vont apparaître sur les lignes des cahiers et des carnets, au grand étonnement de tous les archéologues et scientifiques qui étudieront ces précieux manuscrits par la suite (dont l’Allemand TH. BARTHEL qui se spécialisera en sémiologie).
Les malades de la lèpre, isolés vont travailler à ces ateliers et devenir les informateurs du Père S. Englert et d’un jeune homme, Gabriel Veri-Veri qui pour faire vivre la tradition orale et l’écriture ira les voir souvent. Cet amoureux de l´écriture et de sa culture sera contaminé à son tour mais nous laissera d’émouvants documents.

1935 * Création du Parc National de l’Île de Pâques pour le Tourisme et les Monuments Historiques.

En 1947 * Le navire-école chilien Esmeralda débarque le Capitaine de frégate Carlos De Pascual Altamirano et sa famille. Il aidera activement toute la population durant 3 ans et travaillera en étroite collaboration avec le Père S. Englert. Le Capitaine restructurera le dispensaire des lépreux. Il fera venir des médecins de l’armée : une toute première mission, avec des médicaments pour lutter contre la lèpre qui ne sera en voie d’extinction qu’à partir de 1960. Mais pour l’heure elle contamine l’île. Le rapport du Dr Daniel Camus Gundían en 1947 est très alarmant : 51 lépreux au total dont 30 de moins de 31 ans. Vingt vivent isolés à la léproserie et 31 vivaient dans leur famille.



DEUXIÈME MOITIÉ DU 20ème SIECLE
ENFIN UNE ÈRE NOUVELLE ET LIBERTAIRE POUR LE PEUPLE RAPA-NUI



1953 * L’île est définitivement libérée de la Compagnie Williamson et Balfour qui exploite la terre. La marine nationale gouvernera encore jusqu’à l’administration civile qui prendra la relève à partir de 1966.

1955 * Commencement d’un programme de travaux en archéologie avec l’extraordinaire expédition de Thor Heyerdhal. Pour la première fois un moai est relevé sur l’Ahu Ature Huki.

1960 * William Mulloy dirigera la restauration de l’Ahu Akivi avec Gonzalo Figueroa qui avait auparavant participé à l’expédition norvégienne. L’Ahu Akivi comprend dans sa partie arrière un espace funéraire avec un crématorium.

1967 * Le premier vol commercial à l’ILE DE PÂQUES fait savoir au monde entier qu’elle n’est plus coupée du monde. L’artisanat va reprendre avec force et vigueur et des tablettes rongorongo vont à nouveau être sculptées. Elle le seront à partir de copies qui réintègreront le Musée de Rapa Nui (Museo Antropologico Padre Sebastien Englert).

1968-1970 * W. Mulloy et William Ayrès qui vient de l’Oregon, restaurent le complexe cérémonial de Tahai situé au pied du village de Hanga Roa. C’est dans ce site qu’un Pascuan trouva les tablettes qu’il céda à Thomson en 1886.

1972 * Restauration par ces deux archéologues de l´Ahu Hanga Kio’e au nord de Tahai et de l’Ahu Uri A Urenga à l’intérieur, qui a une orientation astronomique bien précise. Selon les informateurs de K Routledge il y a un lien entre les plates formes cérémonielles, l’astronomie et les tablettes rongorongo.

William Mulloy séjournera dans l’île en se livrant à d’autres restaurations et en enseignant son art et sa technique à d’autres archéologues. Il intervient sur l’Ahu Aka Pu et le site d’Orongo. Il quittera ce monde en 1978. Il existe une stèle de commémoration sur le site de Tahai.

1976 * L’Ahu O Kava commencé par W. Mulloy est terminé en 1978 par Sergio Alejo Rapu un jeune universitaire Pascuan, brillant archéologue et Gonzalo Figueroa.

1979 * Les archéologues Sergio Alejo Rapu et Andrea Seelenfreund, Chiliens, et le Nord-Américain Charles Love restaurent l’Ahu Tautira et l’Ahu Ko Peka Tae Ati dans le petit mouillage de Hanga Roa.

1978-1980 * Les archéologues Sergio Alejo Rapu et José-Miguel Ramirez Aliaga restaurent l’Ahu Riata à Hanga Piko.

1992-1995 * Première grande phase de la restauration de l’impressionnant Ahu Tonga Ariki, dévasté par un raz-de-marée en 1960. C’est l’archéologue chilien Claudio Cristino qui entreprend la restauration.

1995 * Inauguration de l’Ahu Tonga Ariki enfin restauré, au cours d’une cérémonie initiatique du MANA TUPUNA et sont venus à Rapa Nui ... tous les chefs coutumiers et représentants culturels de Polynésie.

1995 * l’Île de Pâques est inscrite au PATRIMOINE MONDIAL DE L’HUMANITÉ PAR L’UNESCO.

Durant cette deuxième moitié du 20ème siècle les Rapa Nui ont réorganisé leur vie, étudié, voyagé, conservé leurs coutumes et leur langue l’ARERO RAPA NUI. Aucun d’entre eux n’a pu déchiffrer le rongorongo : Les anciens ne le faisaient pas. Ils pratiquaient  TIMO TE AKO AKO, la GRANDE RECITATION DES SIGNES ».


2004 * Un pas en avant est fait sur la structure du rongorongo à la VI conference Rapa Nui y Pacifico de Reňaca. Une methode de travail en sémantique est présentée et expliquée qui reprend la langue ancienne rapanui, marquisienne et tongienne.  Il en est de même pour les chants de Ure Vae Iko (né en 1803) devant les tablettes ou photos de tablettes présentées par Thomson en 1886.

 

2006 * Quatre nouveaux parchemins, un manuscrit et la tablette correspondant à ces parchemins sont découverts et analysés par Lorena Bettocchi. Il s'agit de la continuité de l'atelier des Rapa Nui isolés dans la léproserie. Leur méthode de travail sera utile a la compréhension de la structure de l'ancienne écriture de lÎle de Pâques.


 CECI EST UN BREF RÉSUMÉ   LE LIVRE DU RONGO VA ETRE MIS EN LIGNE PROCHAINEMENT PAR LORENA BETTOCCHI

 

 

 

 

Lorena Bettocchi a été professeur associé de la
UNIVERSIDAD DE VALPARAISO

 
 

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