|

"DÉCOUVERTES D’ÉCRITURES À L’ÎLE DE PÂQUES"
RÉSUMÉ
LE 18ÈME SIÈCLE EST CELUI DE
L’EXPLORATION DE L’ÎLE DE PÂQUES APERÇUE EN 1686
PAR LE FLIBUSTIER ANGLAIS DAVIS
Le 5 avril 1722 le Hollandais Jacob Roggeveen explore la Terre de Davis et
la baptise ÎLE DE PÂQUES.
En 1770, l’expédition du Capitaine Espagnol Phelipe Gonzalez de
Haedo va la visiter. Lors de la signature d’un traité d’annexion à la
couronne d’Espagne il apparaîtra, sur un document espagnol la première écriture
de l'Océanie. Et cet évènement aura lieu sur la plus isolée
de toutes les îles du Pacifique : l’Île de Pâques, que Gonzalez de
Haedo
désignera comme Isla de San Carlos.
Puis James Cook en 1774 et La Pérouse en 1786 l’explorent et ce sera la fin
des contacts pacifiques et amicaux....
AU 19ÈME SIÈCLE DES ÉVÈNEMENTS EXTRÊMEMENT GRAVES SE DÉROULERONT À L’ÎLE
DE PÂQUES
Dès 1805 une goélette nord-américaine est responsable du rapt d’une
douzaine
d’hommes et de femmes afin de les utiliser comme main-d’oeuvre forcée dans
les Îles Juan Fernandez.
Durant la première moitié du siècle, sur l’Île de Pâques se produisent des
guerres entre clans, des luttes tribales : l’Ariki (chef coutumier)
NGA-ARA du clan des MIRU, initié en écritures est fait prisonnier.
Lorsqu’il meurt les tablettes de bois royales comportant l’écriture
rongorongo sont brûlées au cours de l’incinération.
Celles de son fils Kaimakoi disparaîtront également lors de l’incendie des
maisons. Son serviteur et petit-fils Te Pito puis Take de la même famille
et du même clan des Miru, hériteront de quelques tablettes très
convoitées. Les écoles rongorongo continueront au ralenti.
L’expédition internationale de chasses d’esclaves dans le Pacifique
commence en 1862. 1407 îliens sont embarqués comme main-d’oeuvre destinée
au travail forcé au Pérou.
Après plusieurs interventions énergiques des autorités françaises et
chiliennes afin d’arrêter immédiatement cette nouvelle forme d’esclavage,
le rapatriement de quelques Pascuans est organisé à Callao (Pérou). Sur
les 100 rapatriés 85 vont périr durant le voyage. Des épidémies de petite
vérole et de tuberculose se propagent : la population de Rapa Nui est
contaminée par les 15 survivants. Les descendants du roi NGA ARA, l’Ariki
Maurata son fils et les Maoris Rongo-Rongo, maîtres en écritures, ne
reviendront jamais de leur déportation.
1864 * Le 3 janvier à Rapa Nui, avec les anciens esclaves en captivité au
Pérou débarque Te Pito, petit-fils du roi Nga Ara, accompagné d’un ouvrier
mécanicien français, frère laïc de la congrégation des SS. CC. de Picpus,
le Frère Eugène Eyraud. C’est un tout premier contact pour une
évangélisation mais ce n’est pas encore une mission catholique organisée.
Au cours de son premier séjour le F. Eyraud constate que dans chaque
maison il y a des tablettes de bois couvertes de signes hiéroglyphiques
mais que les Pascans ne savent plus les lire ou en font peu de cas.
La population , selon le Frère E. Eyraud est estimée à environ 1200
personnes. Le jeune Français séjourne avec les îliens durant huit
douloureux mois puis retourne à Valparaiso demander de l’aide. Son appel
est entendu par ses supérieurs qui sont également informés qu’il a
découvert une écriture Pascuane mais l’information va rester occulte aussi
bien à Valparaiso qu’au Vatican durant et ce durant 4 ans.
1866 *Deux ans plus tard, prend forme la première mission
catholique à Rapa Nui. Avec le Frère E. Eyraud, arrive le 25 mars 1866, le
père Hyppolite Roussel qui va évangéliser tout en élaborant des
dictionnaires. Il aura une longueur d’avance et un bon contact avec les
indigènes puisqu’il parle le mangarevien. Ils voyagent à bord du bateau
Notre-Dame-de-Paix. Sept mois plus tard, le 28 octobre, les pères Théodule
Escolan et Gaspar Zumbohlm s’embarquent à Tahiti à bord du voilier Tampico
appartenant à Onésime Dutrou-Bornier qui s’installera également à Rapa Nui
à l’arrivée le 6 novembre, avec l’idée d’acheter et exploiter des terres, mais en 2 ans cet aventurier
changera complètement d’attitude, dominant les îliens, semant la discorde,
introduisant des armes : il mènera la vie dure à la population et aux
missionnaires qui finalement se retireront à Tahiti.
Il se produira à cette époque de très graves épidémies de tuberculose.
Pour seulement les mois d’août-sept 1868 : 37 morts. Le 1er recensement du
P. Roussel avait donné le chiffre de 930 habitants. Le deuxième
recensement donnera le chiffre de 650 habitants.
La majorité de sa classe d’enfants de Pukuranga périt. Les missionnaires
n’ont aucun médicament, aucun secours sanitaire.
1868 * Le 23 août, victime de l’épidémie de tuberculose, le Frère Eugène Eyraud s´éteint. Peu avant sa mort il demande au Père Roussel « s’il reste
des païens ». La réponse est « aucun, je viens de baptiser le dernier ».
Le Frère Eugène Eyraud quitte ce monde en emportant le secret des
tablettes et de l’écriture rongorongo sans mentionner leur découverte aux
Pères de la mission.
Quelques mois plus tard le Père Zumbohm voyage à Tahiti pour rendre compte
de la mission et ramener du matériel et c’est par hasard que Mgr Tepano
Jaussen, Vicaire Apostolique de Tahiti, reçoit de la part des Pascuans un
cadeau étrange : un morceau de bois entouré d’une tresse de cheveux.
Monseigneur T. JAUSSEN découvre alors une tablette écrite et prend
conscience que dans cette île tant isolée et tourmentée il y a bel et bien
une écriture. Il demande au Père de lui envoyer d’autres « pièces à
conviction ». Ce n’est que plus tard - en 1871- qu’il recevra 4 tablettes,
un bâton de Taua couverts de graphèmes et un morceau de bois cassé en
toutes parts couvert de signes également.
1868 * Une autre oeuvre d’une grande valeur va être découverte et quitter
définitivement l’île pour le British Muséum : en novembre le HMS Topaze,
navire anglais commandé par Palmer, en mission dans le Pacifique, fait une
halte à Rapa Nui.
Dutrou-Bornier qui veut rénover son bateau achète matériel et outils à
l’intendant du Topaze et n’est pas en mesure de payer au moment du départ
du navire. Il propose donc du troc à la marine anglaise avec les oeuvres
d’art de l’île. En présence du Pascuan Torometi, du Père Zumbohm et de
Dutrou-Bornier, les recherches vont commencer pour trouver un moai pouvant
être hissé à bord. Ils découvriront le moai Hoa-Haka-Nana-Ia caché à
l’intérieur d’une maison du site d’Orongo. Il sera embarqué à bord du
Topaze ainsi qu’ un autre moai afin d’être exposés en Angleterre. Il fut
noté par les missionnaires que certains habitants de Hanga Roa pleurèrent
de désarroi et voulurent embarquer avec le superbe moai Hoa-Haka-Nana-Ia
(l’Ami caché).
1870-1871 * A cette époque commencent de violentes luttes de clans entre
les gens tranquilles habitant la baie de Hanga-Roa et la tribu rassemblée
autour de Dutrou-Bornier et du Pascuan Torometi, un ancien chef despote
qui avait eu le titre d’Homme-Oiseau.
Avec des armes à feu cette fois-ci. Dutrou-Bornier tire un coup de canon
sur les habitants de Hanga-Roa depuis Mataveri et tue un homme. Le
résultat est immédiat : vandalisme à répétions dans l’île, incendie des
maisons, des champs de patates douces et des dépôts de vivres. S’il y a
encore des tablettes suspendues dans les maisons recouvertes de totora,
elles sont brûlées. Le 7 juin les tombes du cimetière dont celle du Frère
E. Eyraud sont profanées. Dutrou-Bornier donne l’ordre d’incendier tout ce
qu’il reste à Hanga Roa. Il veut le départ des missionnaires et c’est ce
qui se produira effectivement.
1870 * la corvette chilienne O’Higgins jette l'ancre à l’Ile de Pâques. Son
capitaine est José Anatole Goñi Prieto. La corvette retourne à Valparaiso
avec quatre objets couverts de hiéroglyphes : un bâton, une petite et une
grande tablette. La troisième tablette, destinée à la France, est réclamée
par l'Evêque de Tahiti. Elle n'arrivera jamais à destination. Le bâton de maori rongo-rongo est cédé par Onésime
Dutrou-Bornier. Les autres objets sont donnés par le Père Roussel. Ces
objets se trouvent à présent au Museo de Historia Natural de Santiago.
En décembre 1870 le bateau de guerre anglais Chanticler fait une halte.
C’est durant son trajet pour le Pérou qu’à lieu le premier rapatriement.
Le Père Zumbohm s’en retourne définitivement à Callao : il est malade et
les luttes tribales ont miné son moral. Il reste encore à la mission le
père Roussel et le frère Théodule Escolan.
1871 * Ces évènement graves alertent et inquiètent au plus haut point Mgr Tepano Jaussen avisé par un courrier de Valparaiso. Il charge Brander de
Tahiti qui va voyager pour l’Ile de Pâques, de raisonner son associé et de
veiller à mettre un peu d’ordre. Les suites ne seront pas celles que
l’évêque espérait : Dutrou-Bornier associé avec Brander pour l’élevage de
moutons lui trouvera dans son clan des travailleurs volontaires, une main
d’oeuvre à peu de frais. Brander embarquera 70 personnes et aura bien
l’intention de continuer. Il conduira en tout 320 Rapa Nui vers ses terres
de Tahiti .
Mgr Tepano Jaussen est alerté par les conditions de travail et les décès
qui se produisent sur les terres de Brander. Il pense faire conduire les
Pascuans encore valides aux Gambier où il y aura des terres vierges pour
eux et des missions pour les protéger. Mais Brander, prétextant que son
bateau ne peut supporter plus de 35 personnes supplémentaires avec
l’équipage et la cargaison, en laissera 170 au sol donc chez lui. Ouvriers
et familles non recensés, ni à Tahiti, ni à Rapa Nui.
Quant à ceux de sa plantation, 115 seront portés disparus et la plupart
des survivants mourront de maltraitance, d’épidémies et de la nostalgie de
leur île natale. Mgr Tepano Jaussen aidé par les autorités françaises
récupérera quelques familles.
1871 * Le navire russe VITHIAZ passe à Rapa Nui et N. N. MikKluko Maklay
emporte une tablette. Le 4 avril, les Pères Roussel et Théodule Escolan
quittent l’ ÎLE DE PÂQUES pour rejoindre Mangareva sur le bateau de
Brander. Les Rapa Nui regroupés dans la baie voudront embarquer avec les
missionnaires mais Dutrou-Bornier s’y oppose avec les armes : il ne veut
pas rester sans ses travailleurs sur l’île - Il restera 175 natifs à la
merci de cet aventurier.
Le Père H. Roussel va revenir régulièrement à Rapa Nui et n’abandonnera
pas complètement les îliens. C’est au cours du voyage de rapatriement que
des tablettes rongorongo sont envoyées à l’évêque de Tahiti qui en cédera
une autre au navire russe VITHIAZ au mouillage de Tahiti. Elles se trouvent
à présent à Saint-Petersbourg.
Le 3 janvier 1872, le contre-amiral De Lapolin à bord de la frégate
française La Flore visite l’île avec l’aspirant Julien Viaud qui sera un
admirable témoin de l’époque. L’aspirant (Pierre Loti de son nom
d’écrivain) écrira des lettres à sa soeur et un mémoire sur le séjour,
tout en fournissant d’admirables croquis. Il tiendra entre ses mains une
tablette rongo-rongo au moment du départ de La Flore.
9 mai 1873. Un contrat de vente est rédigé au profit de Dutrou-Bornier
qui s’est auto proclamé ‘Roi de Pâques’ par Ko Reta Pu Akurenga sa
compagne, se donnant le titre de ‘Reine de l’Ile de Pâques’. Il
s’approprie ainsi par des actes frauduleux différentes terres. Quelques
mois plus tard, Dutrou-Bornier est tué par les Pascuans. Outre ses actes
de forfaiture il séquestrait les petites et les jeunes filles. On voulut
supprimer également sa descendance donc les enfants de Dutrou-Bornier et
de Ko Reta, mais les natifs s’y opposèrent.
1886 * Des échanges ont lieu entre les évêques de Tahiti et de Valparaiso
afin d’envisager un protectorat de l’Île de Pâques par le Chili, plus
proche de cette île qui a tant souffert. Cette même année la corvette
chilienne Paloma visite l’Ile. Sa mission comporte l’évaluation et
l’incorporation possible de l’île comme territoire chilien.
Le projet d’ouverture du canal de Panama encourage l’opération du point de
vue économique (son percement ayant débuté en 1881). L’évaluation sera
positive mais il faudra racheter les terres qui appartiennent aux
héritiers de Dutrou-Bornier, de Brander et à la mission catholique
1886 * Cette même année le Mohican en provenance des U.S.A. avec Thomson
aux commandes de l’expédition de retour de Tahiti et après une rencontre
avec Mgr T Jaussen visite l’Ile. Le comodore Thomson retournera aux
Etats-Unis avec deux tablettes rongo-rongo cédées par un Pascuan qui les
avait trouvées cachées dans un Ahu de Tahai. Thomson recherche également
une lecture des tablettes. L’ancien Ure Vae Iko qui fut le maître des
cérémonies du roi NGA ARA lui fournit des chants, mal interprétés et très
mal traduits par Tati Salmon qui vient de Tahiti et qui représente sur
l’île les héritiers de Dutrou-Bornier et de Brander.
1877 * Le commandant Alfonse Pinard du bateau de guerre français Seignelay
accoste et reste suffisamment de temps pour faire un recensement : il ne
reste plus que 111 habitants. La population Pascuane court le risque de
disparaître.
Du 19 octobre 1887 au 20 avril 1888, le Père Alberto Montiton reste sur
l’Ile et baptise, marie et restaure l’église. Monseigneur José Maria
Verdier a succédé à Monseigneur Tepano Jaussen. S’étant consacré à
l’écriture de tous ses souvenirs – publiés à Paris en 1893 – avec le
répertoire rongo-rongo qu’il avait commencé à Tahiti, T. Jaussen sera un
admirable témoin de l’époque et des coutumes des Maoris.
Le 17 juin 1888, Ure-Po-Tahi se marie à Makemo avec Elisabeth Rangitaki
native de Fangatau (Tuamotu) et s’embarque aussitôt à Tahiti avec d’autres
Pascuans sur le navire Angamos commandé par le capitaine Policarpo Toro
qui va reconduire ces jeunes couples dans leur île natale afin de la
repeupler. Le 8 septembre le drapeau chilien est élevé pour la première
fois à côté de l’Eglise. Ure Po Tahi, baptisé Nicolas Pakarati commence
son labeur de catéchiste. Il est responsable de l’état civil de la petite
communauté et des écritures de la mission.
1888 * Selon l’épouse de Ure Po Tahi, Elisabeth Rangitaki, dans le bateau
de Policarpo Toro voyageait un natif de l’île nommé Estéban Rutirangi
lequel ayant vécu quelques années à Tahiti avait été contaminé par la
lèpre. La contamination de la population rapa nui se fera très vite.
Les premiers lépreux vivront isolées dans une grotte en Tara Heu, près de
Hanga Roa vers l’ahu de Tahai. Ensuite ils seront transférés à trois
kilomètres... plus loin... dans une toute petite maison.
1888 * Le Président José Manuel Balmaceda et son Ministre Augustin Edward
Ross signent le Décret Suprême qui donne à Policarpo Toro les pleins
pouvoirs pour annexer l’île -16 600 km2- et régler l’achat des terrains
appartenant à la Mission Catholique et aux héritiers Dutrou-Bornier soit
2000 km2.
1888 * Le 9 septembre Policarpo Toro et l’Ariki reconnu par la communauté
et nommé Atamu te Kena officialisent la souveraineté de la cession de
l’île à l’Etat Chilien. Par cet accord de volontés les îliens cèdent leur
île mais maintiennent leur doit de propriété sur les terres.
Recensement de la population en 1888 : 178 habitants avec une pseudo
monarchie instaurée en 1882 par le père H. Roussel. L’Ariki Atamu Te Kena,
est l’époux de Uka Hey Arero Eva, qui sera considérée comme la dernière
Reine de l’île.
1895 * Il reste à résoudre le problème Brander : entre 1895 et 1897 son
héritier vend ses propriétés à Enrique Merlet, un commerçant français de
Valparaiso
1897 * Merlet obtient du gouvernement Chilien une rente de 1200 pesos
annuels pour la location de ses terrains durant 20 ans.
1897 * Le leader rapa-nui Simeon Riroroko venu au Chili réclamer justice
afin de récupérer au nom des siens les terres vendues sans le consentement
des natifs et faire valoir les attributs afférant au droit de propriété
est assassiné à Valparaiso.
LA PREMIÈRE MOITIÉ DU 20ème SIÈCLE SERA DE LA LUTTE DES DERNIERS HABITANTS
AFIN DE SURVIVRE ET DE SAUVEGARDE LEUR IDENTITE MAORIE
Le 2 février 1901 les natifs reçoivent la visite du père Isidore Butaye
durant 7 jours. La population est décomptée dans une lettre du Père : 231
habitants dont 213 natifs : 64 hommes 64 femmes 44 garçons 41 filles – 12
Chiliens du continent, 2 Anglais, 1 Français et un Italien. La situation
morale et matérielle est alarmante.
1903 * Merlet vend son usufruit à la Compañia Exploradora de la Isla de
Pascua, une société par actions et bientôt la majorité des actions sera
achetée par la compagnie anglaise Williamson et Balfour. La terre est
dévastée par l’élevage intensif des moutons.
Le 13 avril 1911 a lieu la première visite du navire-école chilien Baquedano et de son commandant Arturo Sweet. Avec l’équipage se trouve le
Presbytérien Zosimo Valenzuela. L’île est restée 10 ans sans un prêtre en
permanence. Et il reviendra… Par la suite, lorsque la corvette voyagera,
elle aura toujours un prêtre à bord.
1914 * Venue à l’Ile de l’expédition dans le Pacifique de Katharine
Routledge. Il s’agit d’une toute première mission reconnue comme
scientifique. Elle est également à la recherche du rongorongo et rencontre
des anciens. Son guide, un Miru nommé Te Haha Ramón lui parle des rituels
de l’Ariki Nga-Ara qui vécut durant la première moitié du 19e siècle. K.
Routledge va rencontrer un lépreux, un dernier témoin du rongorongo
TOMENIKA A TEA TEA qui dessine et récite des Tau, les rongorongo annuels
où l’on chante les généalogies, les koro, à la gloire des pères.
K. Routledge constatera que les paroles sacrées sont bel et bien perdues.
Elle tire ses conclusions et son témoignage sur une culture sinistrée est
réel. Plus rien ne semble subsister dans la mémoire des Pascuans qui
habitent l’île et qu’elle a rencontrés, sinon quelques graphèmes qu’elle
va noter dans ses cahiers avec leurs signifiés. Elle est également témoin
d’une rébellion des îliens menée par une femme, Maria-Angata, laquelle
après un séjour dans les Gambier et les Iles du Vent à Tahiti désirait sa
liberté et celle des siens.
En 1916 * Enrique Merlet prétend inscrire la moitié de l’île en son nom
mais les précédents actes n’ayant pas été enregistrés, le gouvernement
chilien va refuser.
1916 * Le navire-école Baquedano retourne à Rapa Nui. Son capitaine envoie
un rapport alarmant au gouvernement : ses habitants sont maltraités et
exploités par les dirigeants de la Compagnie Williamson et Balfour qui
occupe toute l’île. Le contrat de location sera donc annulé car les îliens
avaient été obligés de travailler pour la compagnie. Et le fait qu’ils
n’étaient pas libres de circuler sur leurs propres terres aggravera les
charges contre la compagnie anglaise usufruitière et le commerçant
français Merlet.
1917 * Cette situation alerte le congrès chilien qui fait voter une loi
spéciale le 29 février : l’Île de Pâques sera à partir de cette date
soumise aux autorités de la marine nationale. Les choses ne vont pas
évoluer immédiatement.
Le 12 octobre 1927 est la date du décès du « zélé » et très respecté
catéchiste Nicolas Pakarati Ure Po Tahi. Il se donna lui-même l’extrême
onction et demanda durant la cérémonie que son fils Timoteo prenne sa
succession – les catéchistes continueront...
Le 15 avril 1929, le recensement de la population est effectué par un
officier du registre civil : 384 personnes vivent à l’Île de Pâques - 83
hommes, 98 femmes, 106 garçons et 97 filles. Parmi eux treize personnes
isolées, malades de la lèpre.
1933 * Une grave épidémie emporte 30 victimes. Timoteo, fils de Ure Po
Tahi et catéchiste tombe malade. Son frère Santiago le remplace et tombe
malade également. Matiá Hotu prend la relève à l’église comme catéchiste.
Il n’y a toujours pas de prêtre en permanence. Maria-Angata
l’extraordinaire prophétesse révoltée lors du séjour de K Routledge sera
également catéchiste.
1934* Expédition franco-belge avec l’ethnologue Alfred Métraux et Henri
Lavachery, archéologue qui étudiera les pétroglyphes. Probable arrivée
parmi les Pascuans du répertoire de Mgr Tepano Jaussen.
1935 * Une commission d’étude de l’Île de Pâques s’étant formée á la UNIVERSIDAD DE CHILE, deux personnes sont désignées pour voyager en
novembre à Rapa Nui : Humberto Fuenzalida ethnologue et le Père Sébastien
Englert Missionnaire Capucin de l’Auracania. A Rapa Nui en cette fin de
l’année 1935, 453 habitants en tout y vivent. Le sacerdoce du P. Sébastien
Englert qui vient de commencer des études linguistiques se prolonge de
deux mois en dix mois et le 1er janvier 1937 arrive le bateau de la
Compagnie. Le Père S Englert se sent enraciné à l’île et n’a pas du tout
envie de la quitter en laissant le peuple rapa nui à un triste sort. Mais
une lettre lui parvient par ce même bateau qui le nomme très
officiellement prêtre de l’Île de Pâques et son sacerdoce durera jusqu’à
sa mort en 1969 à 84 ans.
1934-1936 - Les ateliers rongorongo vont reprendre à partir du répertoire
de Monseigneur Tepano-Jaussen et les souvenirs de certains anciens,
revenus de leur captivité... Des manuscrits élaborés à la léproserie sont
découverts par Thor Heyerdahl en 1955.
De séries de pictogrammes connus et gravés sur les tablettes qui avaient
quitté l’île des décennies auparavant vont apparaître sur les lignes des
cahiers et des carnets, au grand étonnement de tous les archéologues et
scientifiques qui étudieront ces précieux manuscrits par la suite (dont
l’Allemand TH. BARTHEL qui se spécialisera en sémiologie).
Les malades de la lèpre, isolés vont travailler à ces ateliers et devenir
les informateurs du Père S. Englert et d’un jeune homme, Gabriel Veri-Veri qui pour faire
vivre la tradition orale et l’écriture ira les voir souvent. Cet amoureux
de l´écriture et de sa culture sera contaminé à son tour mais nous
laissera d’émouvants documents.
1935 * Création du Parc National de l’Île de Pâques pour le Tourisme et
les Monuments Historiques.
En 1947 * Le navire-école chilien Esmeralda débarque le Capitaine de
frégate Carlos De Pascual Altamirano et sa famille. Il aidera activement
toute la population durant 3 ans et travaillera en étroite collaboration
avec le Père S. Englert. Le Capitaine restructurera le dispensaire des
lépreux. Il fera venir des médecins de l’armée : une toute première
mission, avec des médicaments pour lutter contre la lèpre qui ne sera en
voie d’extinction qu’à partir de 1960. Mais pour l’heure elle contamine
l’île. Le rapport du Dr Daniel Camus Gundían en 1947 est très alarmant :
51 lépreux au total dont 30 de moins de 31 ans. Vingt vivent isolés à la
léproserie et 31 vivaient dans leur famille.
DEUXIÈME MOITIÉ DU 20ème SIECLE
ENFIN UNE ÈRE NOUVELLE ET LIBERTAIRE POUR LE PEUPLE RAPA-NUI
1953 * L’île est définitivement libérée de la Compagnie Williamson et
Balfour qui exploite la terre. La marine nationale gouvernera encore
jusqu’à l’administration civile qui prendra la relève à partir de 1966.
1955 * Commencement d’un programme de travaux en archéologie avec
l’extraordinaire expédition de Thor Heyerdhal. Pour la première fois un
moai est relevé sur l’Ahu Ature Huki.
1960 * William Mulloy dirigera la restauration de l’Ahu Akivi avec Gonzalo
Figueroa qui avait auparavant participé à l’expédition norvégienne. L’Ahu
Akivi comprend dans sa partie arrière un espace funéraire avec un
crématorium.
1967 * Le premier vol commercial à l’ILE DE PÂQUES fait savoir au monde
entier qu’elle n’est plus coupée du monde. L’artisanat va reprendre avec
force et vigueur et des tablettes rongorongo vont à nouveau être
sculptées. Elle le seront à partir de copies qui réintègreront le Musée de
Rapa Nui (Museo Antropologico Padre Sebastien Englert).
1968-1970 * W. Mulloy et William Ayrès qui vient de l’Oregon, restaurent
le complexe cérémonial de Tahai situé au pied du village de Hanga Roa.
C’est dans ce site qu’un Pascuan trouva les tablettes qu’il céda à Thomson
en 1886.
1972 * Restauration par ces deux archéologues de l´Ahu Hanga Kio’e au nord
de Tahai et de l’Ahu Uri A Urenga à l’intérieur, qui a une orientation
astronomique bien précise. Selon les informateurs de K Routledge il y a un
lien entre les plates formes cérémonielles, l’astronomie et les tablettes
rongorongo.
William Mulloy séjournera dans l’île en se livrant à d’autres
restaurations et en enseignant son art et sa technique à d’autres
archéologues. Il intervient sur l’Ahu Aka Pu et le site d’Orongo. Il
quittera ce monde en 1978. Il existe une stèle de commémoration sur le
site de Tahai.
1976 * L’Ahu O Kava commencé par W. Mulloy est terminé en 1978 par Sergio
Alejo
Rapu un jeune universitaire Pascuan, brillant archéologue et Gonzalo
Figueroa.
1979 * Les archéologues Sergio Alejo Rapu et Andrea Seelenfreund, Chiliens, et
le Nord-Américain Charles Love restaurent l’Ahu Tautira et l’Ahu Ko Peka
Tae Ati dans le petit mouillage de Hanga Roa.
1978-1980 * Les archéologues Sergio Alejo Rapu et José-Miguel Ramirez Aliaga
restaurent l’Ahu Riata à Hanga Piko.
1992-1995 * Première grande phase de la restauration de l’impressionnant Ahu Tonga Ariki, dévasté par un raz-de-marée en 1960. C’est l’archéologue
chilien Claudio Cristino qui entreprend la restauration.
1995 * Inauguration de l’Ahu Tonga Ariki enfin restauré, au cours d’une
cérémonie initiatique du MANA TUPUNA et sont venus à Rapa Nui ... tous les
chefs coutumiers et représentants culturels de Polynésie.
1995 * l’Île de Pâques est inscrite au PATRIMOINE MONDIAL DE L’HUMANITÉ
PAR L’UNESCO.
Durant cette deuxième moitié du 20ème siècle les Rapa Nui ont réorganisé
leur vie, étudié, voyagé, conservé leurs coutumes et leur langue l’ARERO
RAPA NUI. Aucun d’entre eux n’a pu déchiffrer le rongorongo : Les anciens
ne le faisaient pas. Ils pratiquaient TIMO TE AKO AKO, la GRANDE
RECITATION DES SIGNES ».
2004 * Un pas en avant est fait sur la structure du rongorongo à la
VI conference Rapa Nui y Pacifico de Reňaca. Une
methode de travail en sémantique est présentée et expliquée qui
reprend la langue ancienne rapanui, marquisienne et tongienne. Il en
est de même pour les chants de Ure Vae Iko (né en 1803) devant les
tablettes ou photos de tablettes présentées par Thomson en 1886.
2006 * Quatre nouveaux parchemins, un manuscrit et la tablette
correspondant à ces parchemins sont découverts et analysés par Lorena
Bettocchi. Il s'agit de la continuité de l'atelier des Rapa Nui isolés
dans la léproserie. Leur méthode de travail sera utile a la compréhension
de la structure de l'ancienne écriture de lÎle de Pâques.
CECI EST UN BREF RÉSUMÉ LE LIVRE DU RONGO VA ETRE MIS
EN LIGNE PROCHAINEMENT PAR LORENA BETTOCCHI
Lorena Bettocchi a été professeur associé de la
UNIVERSIDAD DE VALPARAISO
Pour la tradition orale propre au Peuple Rapa Nui le Copyright à
des fins commerciales
leur revient de droit (Loi indigène ONU)
|